Quelles sont nos recommandations techniques lors de la création du modèle BIM?
Voici une liste de recommandations spécifiques techniques issues de notre expérience lors de la récupération d’un modèle BIMBuilding Information Modelingà la fin d’un projet de construction. Notez que les recommandations sont basées sur l’utilisation du logiciel Revit, mais que les mêmes principes s’appliquent aux autres logiciels.
Voici nos cinq catégories de recommandations :
1
S’assurer que la codification de la structure spatiale est indépendante des phases et zones de projets
2
S’assurer que les locaux et leur vocation sont faciles à distinguer des autres types d’espaces et de zones
3
S’assurer que la codification, la nomenclature et la définition des espaces soient normalisées
4
S’assurer que les informations liées aux équipements et systèmes qui sont nécessaires aux opérations sont présentes dans le modèle, et ce, de manière normalisée
5
S’assurer que la documentation technique soit associée aux équipements sous une structure hiérarchique qui permet de récupérer facilement l’information
Ci-dessous, nous analysons chacune de ces catégories de recommandations.
Pour s’assurer que les données et documents requis aux opérations soient intégrés au modèle d’une manière normalisée, il incombe aux opérateurs des bâtiments de fournir le matériel et les directives nécessaires aux professionnels de l’AEC et de faire un suivi régulier pour s’assurer que ces directives ont bien été suivies.
1. Codification de la structure spatiale
La nomenclature utilisée pour faire référence aux sites, bâtiments, ailes et étages est très importante pour les opérations puisqu’elle est à la base de plusieurs arborescences de recherche pour les logiciels d’opération et de la mise en place de la signalisation au sein d’une nouvelle construction.
Pendant la phase de construction, il peut être pratique d’identifier les parties physiques d’une aile, d’un bâtiment ou d’un site sur un modèle en fonction des zones et phases de projets. Il est également coutume de numéroter les plans avec un numéro de construction temporaire pour faciliter la coopération entre les équipes et travail sur la chantier. Or, ces zones et numéros ne seront pas utiles une fois le projet fini.
L’identification des locaux avec la signalisation normalisée et finale dans un modèle est un objectif essentiel puisque les logiciels de gestion utilisent cette nomenclature pour la localisation des équipements et des demandes de services. Ceci est un élément essentiel pour transformer le modèle BIM en un outil au service des humains.
- Si les informations destinées à décrire la structure spatiale du bâtiment tel que construit (TQC) ne correspondent pas à la signalisation utilisée dans le bâtiment, cela peut nuire au transfert des données.
- Si les codes utilisés pour décrire les espaces pertinents à la construction et ceux pertinents aux opérations sont clairement distingués et normalisés, il sera facile d’éliminer les informations qui ne sont pas nécessaires aux opérations à la fin du projet ou de moins, de les ignorer lors du transfert de données.
Nos recommandations sont les suivantes :
1.1
Une codification indépendante de celle décrivant les structures physiques doit être utilisée pour décrire les zones temporairement associées à des phases de projets. Par exemple, les codes de zones et numéros de locaux des phases conception/construction pourraient débuter avec les préfixes « PFT-Programme Fonctionnel et Technique » pour la conception et « PC-Pour Construction » pour la construction afin qu’ils soient facilement distinguables.
1.2
Les deux niveaux d’information peuvent coexister dans le modèle, mais doivent être entrés dans des champs différents avec Revit. Les champs dédiés à nommer les structures physiques ne doivent pas être utilisés pour identifier les zones et phases de projets. Un numéro de signalisation (numéro de local et/ou de porte) final devrait apparaître dans le champ standard « number » de Revit puisque c’est ce champ qui est utilisé par défaut lors des transferts. Ce champ ne devrait pas être occupé par le numéro dePFTProgramme Fonctionnel et Technique. Ce dernier peut être placé dans un champ différent dès le départ ou être transféré dès que la signalisation réelle a été fournie par les opérations.
1.3
Il est important que les codes/numéros attribués pour la structure spatiale des ailes, composantes et étages du modèle BIM soient indépendants des phases de projets et de leurs sous-composantes.
2. Distinction des locaux des autres types d’espaces à l’intérieur des bâtiments
Nous remarquons que dans les modèles BIM créés avec Revit, la notion d’espace (ou « space ») est utilisée pour décrire des choses très différentes du point de vue des opérations. Dans un modèle Revit, ces quatre types d’espaces sont regroupés :
- unités administratives (par exemple, les différents services d’un hôpital ou les départements d’une université);
- locaux (bureaux, toilettes, escaliers, etc.);
- postes de travail au sein d’un local (les espaces d’un laboratoire, bureau au sein d’un espace ouvert);
- espaces réservés à des équipements spécialisés.
Étant donné que le local est au cœur des opérations du bâtiment, une mauvaise distinction des locaux des autres types d’espace peut nuire à la localisation précise des équipements et aux demandes de services. Le travail colossal pour refaire le lien entre le modèle BIM et le bâtiment construit peut facilement mener à l’abandon du BIM pour les opérations. C’est justement ce que nous voulons éviter!
En somme, il faut éviter de regrouper des espaces qui ne sont pas au même niveau de la hiérarchie spatiale.
Nos recommandations sont les suivantes :
2.1
Pour éviter la confusion entre la vocation de locaux et les autres types d’espaces, le concept de « space » de Revit ne devrait être utilisé que pour décrire la vocation des locaux au sein des « rooms ». Pour les autres types d’espace (unités administratives, postes de travail, zones de projet) qui ne sont pas aussi strictement liés à un espace physique défini (murs), il faut utiliser le concept de « area ».
2.2
Pour éviter toute confusion, il est essentiel d’utiliser des codes de locaux différents de ceux des unités, postes de travail et zones réservées aux équipements spécialisés, ce qui permettra une distinction automatique. Les équipes de travail devraient s’entendre dès le début pour indiquer clairement la nature de l’espace dans les paramètres du modèle BIM. Il est important de ne pas mélanger ou d’amalgamer des données qui fournissent différents types d’information.
2.3
Il est essentiel d’identifier et de numéroter tous les locaux, incluant les corridors, escaliers et les aires ouvertes. Tous les espaces d’un étage intérieur doivent être identifiés comme un local et se voir attribuer une vocation.
2.4
Il est impératif de faire la distinction entre un local et ses zones d’occupation. Il faut numéroter les locaux et les postes de travail distinctement pour éviter que l’information sur ces espaces soit mélangée dans la même base de données.
2.5
Les aires ouvertes doivent être considérées comme un seul local (identifié avec « space »); les différentes zones utilisées à l’intérieur de ce local sont des postes de travail et devraient être identifiées avec «area».
3. Normalisation des codes et définition de la vocation des locaux
Le code de vocation des locaux et sa définition sont importants pour l’opération des bâtiments puisque différents types d’espace ne contiennent pas les mêmes équipements et systèmes et ne requièrent pas tous les mêmes nature et fréquence d’entretien.
Cette problématique importante apparaissant dès la planification de l’aménagement des locaux, il est important qu’un niveau adéquat d’information sur les locaux soit fourni dans les modèles. Les opérateurs du bâtiment devraient fournir une liste normalisée de codes pour les occupations, locaux et postes de travail, et ce, le plus tôt possible dans le processus.
Nos recommandations sont les suivantes :
3.1
On doit éviter autant que possible l’utilisation de synonymes (par exemple, toilette, salle de bain, salle d’eau, etc.) pour faciliter la transmission des données. Si c’est uniquement le nom qui diffère, il est possible de corriger le tir. Mais si la logique utilisée n’est pas constante et que certains codes ont été fusionnés, il devient alors impossible de faire les corrections de manière « informatique » automatisée. Par exemple, ce serait le cas si les escaliers réguliers, les escaliers de secours et les escaliers roulants étaient tous identifiés sous le code « Escalier » alors qu’une distinction est essentielle pour les opérations. Archidata peut fournir des listes normalisées de codes et de nomenclatures de vocation par domaine d’activité.
3.2
Les codes de vocation des locaux doivent être indépendants et différents des codes d’unité administrative et d’usage. Il est à noter que la vocation devrait être neutre (toilette, bureau, corridor) et ne pas contenir d’informations sur l’identité de l’unité administrative (par exemple, ressources humaines) et/ou l’usager (secrétaire). Si des niveaux d’information supplémentaire sont nécessaires dans l’attribution d’équipements dans le cadre des phases de conception et de construction, nous recommandons plutôt de créer d’autres blocages en utilisant le concept de « area » (voir recommandation 2.1 ci-dessus).
3.3
Si une liste normalisée existe déjà à l’interne, il est impératif que les donneurs d’ouvrage/opérateurs de bâtiment transfèrent l’information dès le début de la conception aux professionnels pour que la même nomenclature soit utilisée. Si une telle liste n’existe pas, il leur incombe alors de la créer le plus rapidement possible pour éviter des problèmes futurs. Cette tâche pouvant sembler plus simple qu’elle ne l’est véritablement, nous recommandons de commencer l’exercice le plus rapidement possible en créant une équipe de travail à l’interne afin d’établir des listes normalisées imposées aux équipes de projets pour les vocations de locaux. Archidata peut offrir un service de consultation pour assister à l’harmonisation de ces besoins. .
4. Normalisation des informations sur les équipements et systèmes
Il est important de comprendre que les professionnels développent leur propre bibliothèque d’objets BIM. Ainsi, les codes d’équipement et de système utilisés par les architectes et ingénieurs varient d’une firme à l’autre et donc au sein d’un même projet/modèle. De plus, selon notre expérience, il peut être très difficile, voire impossible, de déterminer la fonction ou la nature des équipements à partir de ces codes.
Nous recommandons donc de faire un travail de normalisation pour les types d’équipement à gérer (il est inutile d’alourdir le modèle BIM et le travail des professionnels pour les autres types d’équipement).
Nos recommandations sont les suivantes :
4.1
Les opérateurs de bâtiment doivent fournir aux professionnels leurs codes d’équipement et/ou les consulter le plus tôt possible dans le processus pour s’assurer que les codes utilisés sont compréhensibles et utilisables.
4.2
Tous les équipements liés à une source d’alimentation doivent être liés à un système clairement codifié dans le modèle.
4.3
Les opérateurs doivent identifier le niveau d’information (LoI) dont ils ont besoin pour les équipements insérés dans le modèle.
4.4
Pour faciliter la classification des équipements, il faut utiliser la codification normalisée Uniformat IIElemental classification for building specifications dans le code d’assemblage des familles (OmniclassConstruction Classification System est une autre option viable, mais moins optimale à notre avis).
4.5
Il faut s’assurer que les codes utilisés permettront d’identifier la catégorie d’équipement au niveau nécessaire le plus précis pour les opérations et que la documentation y est bien associée de manière normalisée.
4.6
Quant au partage des données numériques, la transmission de données vers d’autres systèmes devrait être effectuée le plus tôt possible afin d’éviter la saisie de données manuelle par les équipes de planification et d’opération. Ces systèmes incluent, mais ne se limitent pas aux logiciels de :
- gestion des espaces et de gestion documentaire
- maintien d’actifs et d’entretien préventif
- gestion des contrôles
- gestion d'alarme incendie
- entretien sanitaire
- gestion des clés
- gestion financière
- etc.
5. Gestion documentaire associée aux équipements
Une grande partie des informations liées aux équipements n’ont pas besoin d’être incluses directement dans le modèle BIM-Opérations, tant et aussi longtemps que les opérateurs ont accès à toute la documentation par association. Cette documentation est essentielle aux opérateurs des bâtiments de sorte qu’il faudrait qu’elle soit liée au modèle pour un accès possible dès la fin des projets.
Notre recommandation est la suivante :
5.1
Afin de lier la documentation technique aux équipements, il faut classifier les documents dans une arborescence utilisant les mêmes codifications et nomenclatures que le modèle. De cette façon, il sera possible de récupérer l’information de manière automatique et de la transférer par programmation vers les logiciels des opérations.